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Le Numéro 67 en date du 12 Mars 2018: le Sommaire


Article 1 : Le Marché Mondial du Thé en 2016/17


Article 2 : Les petits producteurs de thé du Bangladesh
                 Portrait de Mosharraf Hossain


Article 3 : Le HojiCha, un thé couleur café qui fait un tabac au Japon


Article 4 : Les thés en capsules, prêts à boire ou en poudre


Article 5 : Thés et Infusions, bien faire la distinction pour faire le bon choix


Article 6 : Les Mille et Une modes de la tasse préférée-petit tour du monde


N° 67 Art.1 Le Marché Mondial du Thé en 2016/17



 Comme pour les rapports des années précédentes la NPT se base principalement sur la publication du Bulletin Annuel des Statistiques du International Tea Committee, qui paraît chaque automne. Même s’il est onéreux à acquérir, ce livre vert aux 160 pages est rempli de données utiles, qui remontent au moins 5 années en arrière, si non 10, ce qui permet de constater le développement des marchés dans le passé et d’établir les tendances des années à venir.

Il y a aussi certaines informations en provenance d’Euromonitor International et de Technavio Londres, qui complètent cette synthèse.
**La production globale :
En 2016 la production mondiale de thé a de nouveau progressé pour atteindre le volume de 5,503 millions de tonnes, en augmentation de +4,2 % sur 2015, mais de + 42% depuis 2007,
une croissance considérable et qui va vers des sommets encore jamais atteints.
Cette production globale provient pour 66% de deux pays producteurs seulement, la Chine et l’Inde, qui consomment d’ailleurs eux-mêmes la majeure partie de leurs thés, 56% du tonnage mondiale.

** Les exportations :
On constate une diminution continue des volumes disponibles à l’exportation, qui ont baissés de 41% en 2007 à seulement 32,7% en 2016, ce qui représente un volume total de 1,8 million de tonnes. Cela veut dire que la consommation de thé des marchés producteurs principaux ne cesse d’augmenter en sorte que de moins en moins de thés restent disponibles pour étancher la soif des 140 pays importateurs de thé.

**Thés noirs et thés verts , les grandes familles:
Ce sont les thés noirs, pleinement oxydés, qui restent la famille de thés la plus consommée, avec 57% de la production mondiale, et donc un volume de plus de 3 millions de tonnes. Ces thés proviennent en tant que thés orthodoxes/thés en feuilles pour environ un tiers du Sri Lanka et de Turquie, ainsi que de la Chine qui voit une nette augmentation de la production de cette famille de thé, estimés à environ 200.000t en 2016 ; les deux autres tiers sont des  thés noirs CTC , un procédé industriel traditionnel très apprécié en Asie Centrale et aussi en Afrique du Nord, ils viennent du Kenya et des autres producteurs de l’Afrique de l’Est, de l’Inde, de l’Indonésie et de l’Argentine.
Les thés verts ont progressé de manière importante, avec une part du marché qui est montée à 33% en 2016 et représente un volume global d’environ 1,8 millions de tonnes. Ce sont les pays producteurs ancestrales, la Chine, le Japon, la Corée, le Vietnam qui les produisent et les consomment de manière préférentielle depuis la nuit des temps. Depuis le début des années 2000 les thés verts commencent à conquérir l’occident, pas à pas, et cela mettra du temps. Malgré les campagnes importantes qui vantent leurs bienfaits sur la santé, la qualité disponible en occident n’est pas toujours convaincante, ce qui s’ajoute aux complications d’une infusion à des températures très inférieures à 100°.
plantation à récoltes mécanisées
défi no 1

**Thés wulong, sombres, blancs et jaunes : ces petites familles sont toutes originaires de la Chine, même si certains processus ont été repris par d’autres pays producteurs depuis une dizaine d’années. Ces thés spéciaux représentent environ 10% de la production, avec les thés wulong et les thés sombres en bonne croissance en Chine alors que la production de thés blancs, très coûteuse, reste estimée à moins de 10.000t et celle de thés jaunes, actuellement encore une exclusivité de la Chine, à moins de 1.500t.
**Les plus grands pays producteurs sont la Chine et l’Inde, et puis le Kenya, le Sri Lanka, la Turquie, le Vietnam et l’Indonésie
**Les plus grands marchés importateurs sont le Pakistan, la Russie, les USA, le Royaume Uni, l’Egypte, le Maroc ;
 la France figure au 38e rang, avec 12.176 tonnes d’importations nettes, puisque le tonnage total importé de 16.738 t se voit diminué de 4.562 t de thés réexportés.
**Avec une supply chain souvent très intégrée on voit que les très gros opérateurs sont peu nombreux. Ils possèdent tous leurs propres plantations qui fournissent une partie de leur matière première, notamment les multinationales du Thé, que sont Unilever, Tata Global Beverage et ABF avec la marque Twining.
plantes adaptées
défi no 2

**Les grands défis des années à venir sont le réchauffement climatique et l’augmentation continue du coût de production, notamment de la main d’œuvre. Les solutions en discussion tournent autour
*d’un côté  de la sélection de variétés botaniques qui résistent à la sécheresse
*de l’autre côté sur une mécanisation de la cueillette ou alors sur un transfert vers des petites structures de production autonomes – empowered smallholders.





N°67 Art.2 Les petits producteurs du Bangladesh- Portrait de Mosharraf Hossain


L’histoire de la République populaire du Bangladesh commence en 1971, après une longue guerre de libération pour obtenir son indépendance du Pakistan, auquel cette ancienne province du Bengale Oriental avait été rattachée lors de la partition de l’Inde en 1947.


 Avec ses 163 millions d’habitants le Bangladesh est le 3e pays musulman du monde, et parmi les pays les plus densement peuplés. Occupant un territoire de 144.000 km², il se trouve dans le plus grand delta fluvial du globe, traversé par le Gange, le Brahmapoutre et la rivière Meghna et leurs nombreux affluents, qui coulent tous vers l’immense Baie du Bengale pour s’y jeter. Pendant des siècles cette ouverture maritime avait apporté commerce et richesse à cette région qui faisait alors partie de l’Empire Moghol ; par la suite le Bengale Oriental avait été le joyau de l’Empire Britannique des Indes.
 En 2016 le Bangladesh figure comme numéro 9 sur la liste des producteurs de thé, avec une production de 83.000 tonnes (t), avant le Japon, qui n’a produit que 77.000t. La théiculture du Bangladesh remonte à la colonisation britannique et a été installée dans la partie est où se trouvent les collines autour de Sylhet et en amont du port de Chittagong. Il y aura bientôt 200 ans que ces immenses plantations de thé allaient de l’Assam vers le Tripura, mais depuis la nouvelle configuration politique et donc les nouvelles frontières, c’est l’Inde d’un côté et le Bangladesh de l’autre.
les nouvelles plantations du nord ouest

Dans les pays musulmans la consommation d’alcool n’est pas autorisée, le thé remplit donc une fonction importante comme vecteur de l’hospitalité et il est l’incontournable tasse du quotidien, du matin au soir. Alors que les statistiques officielles montrent une belle augmentation du volume de + 41,6 % en 10 ans, le rendement des plantations anciennes semble ne plus suffire pour satisfaire la soif de thé des Bengalis, et le pays importe depuis quelques années du thé noir de l’Inde et du Kenya.
Disposant de sols fertiles l’agriculture est un secteur économique très important, le jute ayant été un grand pourvoyeur de revenus. Malgré une importante activité de constructions les zones rurales restent pauvres et le gouvernement cherche des solutions pour améliorer les conditions de vie des petits cultivateurs.
le pionnier des nouveaux
territoires du thé,
Mosharraf Hossain

En 2000, et après des études de terrain très ciblées Mosharraf Hossain, un planteur de thé et consultant du Tea Board du Bangladesh propose de lancer la culture de thé dans une zone aride du nord- ouest, à Panchagarh, dans le district de Rangpur. Cette petite région au nom de Tetulia se trouve dans le voisinage du Terai indien, et à environ 60km de Siliguri, la porte du Darjeeling. Le concept de base vise une motivation forte des familles rurales pour se lancer dans le théiculture, sur des terres qui leur appartiennent, avec une formation pointue, des conseils et du matériel botanique fournis gratuitement par la Tetulia Tea Co.Ltd fondée par Mosharraf Hossain.
Pour le lancement du projet il avait obtenu une aide de 520.000 USD du CFC, le Fonds Commun pour Matière Premières Agricoles de l’ONU. Et il a vu juste ! Après quelques années seulement la terre avait repris des couleurs, les parcelles de théiers plantées densement et bien ombragées prospèrent à vue d’œil. Fier des résultats obtenus depuis la création de Tetulia Tea Co. en avril 2000, Mosharraf Hossain précise que la société possède deux usines et travaille avec environ 10.000 fermiers, tous propriétaires de leurs terres et qui sont des partenaires. D’autres industriels se sont depuis installés en montant 7 autres usines, qui rachètent et transforment une partie des récoltes. En 2016 le volume de production a atteint   plus de 4.500t de thé, des thés noirs CTC de bonne qualité conventionnelle et qui obtiennent d’excellents prix à la vente aux enchères à Chittagong.

NB :Attention:ces thés dont la culture a été lancée ex nihilo par Tetulia Tea Co.Ltd.ne doivent pas être confondus avec les thés de la  marque américaine « Teatulia », qui propose des thés bio qui ont été cultivés également dans cette même région.
exclusivité des USA
Ce beau jardin a été lancé sous le nom de Kazi & Kazi fin 2000 par le plus jeune des trois fils de la famille Kazi Ahmed sur des terres appartenant à leur importante société familiale ; la culture y a été conçue dès le départ totalement en  bio. En plus des théiers y prospèrent aussi de nombreuses plantes à infusion, bio aussi, évidemment. Afin d’ accéder au marché USA en y exportant ces thés, la société de commercialisation «  Teatulia » a été créée en 2009 à Denver, Colorado, aux USA ensemble avec une ancienne collègue d’Université, Linda Apple Lipsius ; la marque  propose depuis quelques années une gamme de thés premium, notamment des thés verts, wulong et blancs, qui remportent chaque année des prix aux Championnats de Thés Américains- NATC.
Lors de la 2e Tea Expo, organisée à Dhaka en février 2018 par le Bangladesh Tea Board
  plusieurs trophées ont été remis par le Premier Ministre, Sheikh Hasina, dont pour :
**Tetulia Tea Co Ltd , primée pour ses résultats de pionnier en théiculture et pour l’ amélioration importante des revenues des petits  agriculteurs locaux, à Mosharraf Hossain, le 1er à gauche
** Kazi & Kazi, primé pour ses bons résultats à l’exportation, avec la marque Teatulia, et Kazi Nabil Ahmed est le 3e de gauche.


Pour conclure il est vraiment intéressant de constater que les petits propriétaires sont souvent les mieux motivés pour fournir des récoltes de thé de qualité, qu’ils plantent dans un panachage de cultures sur leurs terres : il est toutefois important de leur donner  l’assistance nécessaire pour accéder au marché le plus directement possible, pour une rémunération valorisante  et qui ne doit pas être résorbée par les méandres des opérateurs intermédiaires.




N°67 Art.3 Le Hoji Cha, un thé couleur café et qui fait un tabac au Japon


La demande pour ce thé assez particulier grimpe si vite au Japon que les médias commencent à s’en émouvoir. Et pourtant il est sur le marché depuis très longtemps, mais peut -être pas assez bien connu ni bien mis en avant.

Parfois il est dénommé " Hoji Cha", parfois" Houji Cha", ce nom se référant au traitement par le feu, "huô" en chinois, car en fin de processus ces feuilles de thé vert  sont grillées, industriellement ou dans des petits caquelons/poêlons que l’on met sur le gaz à la maison.
Au départ ce sont donc des thés verts de qualité ordinaire, généralement obtenus par les dernières cueillettes en fin de saison, donc feuilles assez grossières et matures.
Cette récolte est aussi appelée « Ban Cha », thé obtenu par un travail ordinaire, à l’opposé du « Ichi Ban Cha », qui est le thé de la première cueillette du printemps.
Vous pourrez obtenir plus d'information chez l'ambassadrice du thé vert du Japon en France, Mme. Misako Lelong-Nohsoh, info@thevertjaponais.fr

La qualité gustative des feuilles matures et de cueillette tardive n’est pas très raffinée et souvent un peu astringente, par contre leur teneur en caféine est peu élevée. Cette teneur en caféine dans les feuilles du théier est très variable et va notamment dépendre de la variété botanique, mais il est avéré qu’elle baisse de manière importante en fin de saison.  
Ce sont les jeunes pousses du printemps qui en contiennent le plus, où alors les thés qui profitent des premières moussons au Sri Lanka et du début de la saison des pluies, par exemple en Afrique de l’Est. En Chine et au Japon les thés de l’automne contiennent naturellement peu de caféine, et les Hoji Cha sont des thés d’automne.

 NB : juste pour rappeler que les meilleurs tés wulong du Fujian sont aussi des thés d’automne, feuilles matures et gorgées de saveurs, par contre également peu caféiné, ce qui permet une dégustation en soirée. C’est bien en septembre /octobre que l’on voit s’affairer les familles autour des grands plateaux de wulongs fraîchement récoltés et manufacturés pour enlever les bouts des tiges des feuilles.
petit ustensile pour griller les feuilles
de thé vert et faire du hoji cha

Le traitement additionnel que l’on fait subir à ces thés verts un peu grossiers est donc une sorte de torréfaction, par un traitement à la chaleur sèche et intense, 180° à 200°. Cela confère aux feuilles du Hoji Cha une belle couleur aux tons bruns plus ou moins foncés et plus ou moins homogènes. Une fois infusée, la tasse se pare d’une vraie couleur « café », bien que café léger.
 Cela surprend, car les thés verts ont généralement une liqueur allant du vert au jaune pâle au vert pâle. Ce qui surprend ensuite, et très agréablement, c’est l’arôme de pain grillé/ noisettes grillées que la tasse infusée dégage ou qui se répand alors, si vous grillez vous-même vos feuilles dans votre petit caquelon.
Les Hoji cha sont en vente dans toutes les maisons de thé en France, qui proposent une sélection de thés du Japon.
Ces thés peuvent s’acheter en feuilles ou en sachets. Il en existe aussi des préparations en poudre, donc des Hoji Cha broyés dans le style "matcha". Une fois grillées les feuilles sont broyées et puis finement moulues. Ces poudres sont plus robustes que le matcha. Elles peuvent être facilement battues au fouet, pour en faire des boissons délicieuses, style latte, en les émulsionnant dans un lait d’amande ou un lait de soja, par exemple.

A Paris vous pouvez en trouver chez Neo-T., dans le haut de la rue des Martyrs, aux pieds du sacré Cœur, où Valérie Stalport propose une superbe sélection de thés du Japon.
www.neo-t.fr
A découvrir absolument pour avoir des boissons originales sur la table pour les beaux jours à venir ! Le Hoji Cha en poudre est beaucoup moins onéreux que le matcha et aussi moins caféiné et puis surtout superbement original.
Par ailleurs cela offre une entrée dans le thé pour les buveurs inconditionnels de café, qui trouveront une belle affinité avec leur tasse préférée par l’arôme, la saveur et la couleur.
Selon les enquêtes marketing la consommation de Hoji Cha est en train d’exploser au Japon ! Ce sont probablement ses saveurs un peu hybrides, entre thé vert et café, qui plaisent. Sur le marché japonais il y a beaucoup de préparations instantanées et surtout des « Hoji Cha -lattes » qui commencent à faire une sérieuse concurrence au Café-lattes dans les bars et cafés. 
Sans doute vaut il mieux de ne pas attendre que les stocks soient épuisés !


N°67 Art.4 Les thés en capsules, prêts à boire et en poudre


Quand vous vous préparez une bonne tasse de thé d’origine, il vous faut une eau de source ou une eau minérale, une bouilloire à thermostat, si vous avez choisi un thé qui craint l’eau trop chaude, une théière, des filtres, un mug ou une tasse, toute une panoplie. Les uns aiment ainsi se poser, prendre leur temps et se faire du bien pour un moment de détente savoureuse, les autres considèrent que cela prend trop de temps et demande trop de matériel et d’effort
C’est vrai que presque tout le monde manque de temps et de place et cherche des solutions rapides et pratiques, sans renoncer à la qualité pour autant.

Un coup d’œil sur l’autre tasse montre que le lancement des cafés en capsules, qui au départ alliaient qualité premium et rapidité d’extraction, a été un succès foudroyant. Depuis toutes les multinationales ont lancé leurs capsules et/ou dosettes, suivies par la grande distribution.
Pour démarquer la niche du marché premium il y a depuis les machines qui transforment à partir du grain à la tasse, un must pour les amateurs de cafés fins. Il y a aussi les capsules faites à façon avec des cafés d’exception. Les percolateurs semblent de plus en plus voués au dépannage ! Et depuis deux ans au moins la troisième vague est arrivée, donc le retour à la préparation minutieuse avec la V66 Hario ,entre autres, ou le cold brew.
Le thé semble prendre son temps, qu’il s’agisse d’un marché grand consommateur comme le Royaume Uni ou d’un marché au volume peu développé mais éclectique, comme la France.
Pour les thés en capsules,le lancement de la Spécial T. de Nestlé en 2011 n’a pas convaincu et la T.O.by Lipton, lancée en septembre 2015 n’a pas non plus réussi à s’imposer. La superbe « Teaforia », inventée aux USA et destinée aux thés premium a fermé ses ateliers, il y a quelques mois, faute de demande suffisante. Faut- il conclure que le thé ne se prête pas à ces modes d’infusion un peu énergiques ?

Les thés prêts à boire , ou ready to drink - RTD,attirent peut- être plus les consommateurs avec d’un côté une qualité standard, pour les canettes et bouteilles basiques et de l’autre côté un choix haut de gamme à base de thés premium infusés.

Dans les années 1990 le lancement aux USA des premières bouteilles de la marque « Snapples », proposant un vrai thé infusé en prêt à boire froid, a été un succès important. A noter que les USA sont le pays du thé glacé !! où moins de 15% des tasses sont bues chaudes. Depuis quelques années on trouve les bouteilles Snapples aussi en France.
En Europe par contre les canettes Nestea et Lipton, qui sont élaborées à partir d’extraits de thé et assez sucrées ne semblent pas percer vraiment. Peut- être que leur image est trop proche d’une boisson rafraîchissante et pas assez proche du thé ? Le lancement de la nouvelle gamme de May Tea, en PET, va-t-il convaincre les amateurs de thé ?

Et pourtant ces thés prêts à boire ont acquis une importante part du marché dans les pays de la région Asie/ Pacifique, où les producteurs les plus importants les ont implantés avec succès depuis plus de vingt ans, presque tous peu ou non sucrés, avec aussi des variantes fonctionnelles aux plantes médicinales. Dommage que ces canettes ne soient pas disponibles dans les automates en France et que l’on ne les trouve que dans les supermarchés asiatiques.
Il y a une troisième catégorie de préparations, pour une tasse rapide, ce sont les thés en poudre. Le plus célèbre et le plus connu de cette catégorie est le Matcha du Japon, obtenu en broyant en grande finesse des feuilles ombragées de qualité premium. Et puis il y a les autres thés verts en poudre, fabriqués en Chine, en Indonésie, en Corée du Sud, au Vietnam, qui sont des broyats de feuilles généralement moins qualitatives, mais souvent bien moins cher et qui peuvent être tout à fait bon.
 Pour faciliter l’émulsion on propose souvent des mélanges avec du sucre et de la poudre de lait, cela fait un « latte au thé vert » agréable ! bien que parfois un peu calorique ! Il est conseillé de bien lire les étiquettes lors de l’achat.

Les sondages prédisent d’un côté une demande croissante pour des tasses traditionnelles de qualité premium et de l’autre la croissance des thés RTD, ready to drink. Ainsi Coca Cola a récemment lancé une nouvelle gamme de thés en bouteilles avec une option non sucré, aux USA seulement, pour le moment.


No 67 Art.5 Thés et Infusions, bien faire la distinction pour faire le bon choix


Les diverses réglementations nationales prévoient que la dénomination " thé" est réservé aux feuilles de la plante camellia sinensis, soit de la variété sinensis, le théier buisson à petites feuilles semi rigides, soit de la variété assamica, le théier arbustif à grandes feuilles souples.

théiers à perte de vue

Les tasses préparées à partir de toutes les autres plantes sont à désigner comme infusion, infusion à base de plantes ou alors tisane. Avec ces différentes dénominations distinctes la langue française permet une différentiation aisée, mais il y des langues qui offrent moins de nuances et ou cette distinction n’est pas toujours évidente.

plantes pour infusions
Aux USA on distingue entre : tea et herbal tea, en allemand on distingue Tee et Kraüterteee, au Royaume Uni on distingue entre tea et herbal infusions.

La frontière semble parfois assez tenue, l’étiquetage manque parfois de clarté et il y a encore beaucoup de consommateurs qui ne sont pas informés, parce qu’ils ne consomment pas de thé et ne connaissent pas le produit. Il est toutefois rare de trouver une personne adulte en Occident qui n’ait jamais bu une infusion de menthe, de tilleul, de camomille. Ces herbes bienfaisantes et traditionnelles, jadis présentes dans toutes les cuisines familiales, poussent en Europe et sont donc connues depuis des millénaires et consommées depuis bien plus longtemps que le thé. 
Cela fait seulement quelques quatre cent années que le thé est arrivé en Europe, de Chine et du Japon, avant d’être cultivé dans les diverses colonies britanniques et bataves principalement. C’est vrai qu’il est passé par les apothicaires au départ, pour devenir ensuite une tasse stimulante, revigorante, de grande saveur et de partage.
Depuis les années 1940 les grandes découvertes de l’industrie pharmaceutique ont entrainé  un oubli des plantes traditionnelles. La  seule Allemagne est réputée pour avoir sauvegardé ce savoir ancestrale. Le retour vers les "simples" et leurs bienfaits semble s’être amorcé dans les années 1960/70, avec la culture hippy. Chemin faisant l’ouverture politique, les voyages, la globalisation ont peu à peu enrichi le patrimoine des plantes médicinales européennes par des apports venant d’autres continents, la TMC, l’ayurveda, les plantes africaines et amazoniennes.
C’est donc un vrai changement de registre,
d’un côté le thé, caféiné et riche en polyphénols et offrant une immense diversité d’origines et de raffinements qualitatifs
de l’autre côté les infusions de plantes, aux bienfaits très spécifiques, très divers et généralement sans caféine.
Deux groupes de produits mais qui peuvent être assemblés et se compléter de manière très intéressante.
Cette synergie est tellement évidente, voir incontournable, que le Comité du Thé Européen (ETC) a fusionné en début 2015 avec la European Herbal Infusions Association (EHIA), pour défendre les intérêts des deux groupes de produits ensemble. Toutes les grandes sociétés ont des thés et des infusions et des assemblages des deux dans leur catalogues, comme  les thés verts à la menthe et les thés noirs aux épices, style chai et des centaines d'autres.Cette nouvelle structure est la Tea and Herbal Infusions Europe – THIE
installée à Hambourg, en Allemagne.

Avec ce nouvel engouement pour les plantes bienfaisantes qui s’est développé à partir des  USA une initiative intéressante y a été la création de l’American Botanical Council – ABC, en 1988 par Mark Blumenthal, Pharmacologue. Le but de l’ABC est de procéder systématiquement à l’évaluation scientifique des nombreuses plantes médicinales  et de leurs bienfaits. Au fil des années cela a permis de compiler une immense bibliothèque de " fiches scientifiques", nommées Herbal Clips, certaines d’accès libre, d'autres réservées aux membres, un vrai trésor .


Ces commentaires et clarifications peuvent être utiles au regard de l’importance de la part du marché des infusions- en valeur des ventes au détail- dans l’ensemble thés noirs/thés verts/tisanes/RTD , selon les données de Euromonitor International :
En Europe les tisanes ont une part de 35%, les thés noirs de 50%, les thés verts de 6% ;
Aux USA les tisanes ont 42%, les thés noirs 35%, les thés verts 13%
En Asie/Pacifique les tisanes ont 4%, le thé vert 36%, le thé noir 28%. 

N°67 Art.6 Les Mille et Une modes de la tasse préférée-petit tour du monde


Que cette tasse soit consommée depuis des millénaires ou alors importée depuis quelques siècles voire décennies, les modes de consommation varient considérablement d’un marché à l’autre ;
 cela mérite un petit tour du monde, pour découvrir les mille et une modes, que les marchés se sont forgés,
**Thé glacé aux USA,
aux USA










tour du monde


**Thé Gong  Fu en Chine
en Chine

**Thé noir au lait au Royaume Uni, thé au beurre au Tibet,
**Thé épicé au lait en Inde servi en coupe d’argile jetable, la "one way cup"
**Thés d’origine en feuilles en France,
en France



C’est amusant de passer en revue ces mille et une façons de déguster et les ustensiles qui les accompagnent !

A découvrir aussi la Tea Box qui accompagne le thé en musique, de la Chine au Mali, du Japon au Brésil, instructif et délicieusement ludique !
Chaque fois cette boisson va remplir
**une fonction sociale dans le partage   
**une fonction métabolique : hydrater et nourrir-  rajout de lait, de beurre, de sucre,
**une fonction qui impacte les neurones : stimuler l’attention, favoriser une  humeur stable et 
    de la bienveillance.

Le Numéro 66 du 1 janvier 2018 : Le Sommaire



Article 1 : Un bourgeon et deux feuilles, le mantra de l’excellence


Article 2 : Les petits producteurs de l’Indonésie
                  Portrait de Nugroho B.Koesnohadi, Chairman ITFA


Article 3 : Les thés bio, un choix de valeur


Article 4 : Quelques tasses exquises partagées pour la nouvelle année


Article 5 : Les effets antioxydants remis en question ?


Article 6 : Le Calendrier du Thé pour 2018

N°66 Art.1 Un bourgeon et deux feuilles, le mantra de l’excellence

Depuis quelques années les thés en feuilles, que l’on nomme aussi plus prosaïquement les thés en vrac, occupent une part croissante du marché en France, estimée à plus de 10% du volume total par Olivier Scala, le Président du Comité Français du Thé, ce qui est considérable. Une tendance qui semble se confirmer vers plus de thés fins et de thés d’origine, que les amateurs de thé comprennent de mieux en mieux et apprécient de plus en plus. C’est donc intéressant de regarder de plus près comment s’applique ce « mantra » de cueillette fine et comment il est géré dans le quotidien des plantations.

Bien sur tous les connaisseurs savent qu’il y a deux grandes familles de théiers,
**les camellias sinensis var.sinensis : les théiers à port buissonnant originaires de Chine, aux petites feuilles assez vernissées  et qui se portent à merveille en altitude, et qui ont besoin d’une période de dormance en hiver et offrent des tasses aux multiples senteurs et flaveurs qui éclatent à la reprise de la végétation au printemps ; les experts disent que ces tasses du printemps ont souvent plus de nez que de bouche, mais heureusement souvent elles ont les deux
**les camellias sinensis var.assamica : les théiers au port arbustif, originaires du triangle d’or du thé, qui va du Yunnan en Chine à l’Assam en Inde, passant par le Nord du Vietnam, le Laos et la Thaïlande, qui n’ont pas toujours besoin de dormance et qui possèdent généralement des grandes feuilles souples et peuvent supporter les chaleurs torrides des plaines et n’aiment pas beaucoup les frimas.

Chaque fois que l’on cherche à annoncer une règle en matière de thé on constate qu’il y a tellement de situations spécifiques et d’exceptions, que la règle semble vacillante dès le départ. Ainsi font partie de la grande famille des assamica les théiers Puer, qui grimpent pourtant jusqu’à plus de 2000m dans les chaînes de montagne qui fourchent le Yunnan et dont les cueillettes printanières sont d’une finesse succulente incroyable, avec leurs premiers bourgeons velus, couverts d’un duvet blanc.
Les théiers font montre d’une vigueur incroyable et génèrent des nouvelles pousses environ tous les 15 jours, à condition de bien les entretenir, donc de les tailler régulièrement et de ne pas les laisser fleurir. Ces arbustes et petits arbres font donc l’objet d’une cueillette régulière, en anglais on appelle cela « picking round », en sorte que les feuilles que vous trouvez dans vos tasses sont toujours jeunes et tendres. Et donc pour les thés de qualité le principe établi selon une expérience séculaire prévoit que les cueilleuses- effectivement les femmes des villages dans la plupart des pays d’Asie- ne prélèvent que les bourgeons et les deux feuilles, qui sont les plus tendres et les plus riches en saveurs et substances bénéfiques.
En Chine, où il y a une tradition millénaire et un nombre important de thés de terroir il y en a pour les quelles les cueillettes premium ne prélèvent que le bourgeon, ou alors le bourgeon et une feuille, mais ce sont des exceptions et ces thés sont assez rares et chers en sorte que l’on en trouve que peu à l’export. Les thés fins sont donc généralement cueillies manuellement, par les milliers, voire millions de petits fermiers, qui apportent leur récolte aux usines des coopératives et des grandes sociétés.
voilà pour le tri des feuilles prélevées


Il est bon de savoir que ces règles de bonne cueillette s’appliquent aussi aux thés CTC, les thés noirs que l’on passe dans les tambours à déchiqueter pour favoriser une oxydation régulière et rapide. Ces thés que l’on pourra mettre en sachet ou vendre en vrac sont très recherchés dans les pays du Moyen Orient et en Asie Centrale.
 Par le fait de la cueillette manuelle sélective et sur des théiers bien entretenus on obtient des tasses aux fortes saveurs et bien colorées, parfaites avec un peu de lait. Sans amertume ni astringence ces tasses délicieuses se payent au prix fort, à condition que les directeurs des manufactures veillent au contrôle suivi des cueilleurs.
l'équipe qui contrôle 

Pour vous montrer comment cela fonctionne en pratique voilà une expérience toute récente en Indonésie, à West Java:  une équipe qui est relayée toutes les six heures va contrôler des prélèvements de 200g de feuilles par groupe de 60  cueilleurs, dans cette plantation où on ramasse environ 50 tonnes de feuilles fraîches par jour. Rapidement les feuilles de cet échantillon vont être réparties dans une boîte à six cases avec l’objectif de voir au moins 50% dans les 3 cases qualité ; si non le lot est éliminé. C’est impressionnant à observer, cela va vite, tous les lots sont contrôlés ! Et ces thés sont tellement bons et demandés que les clients les payent à la commande pour être certains de les recevoir, bravo !!
Tout le secret réside donc dans une cueillette nette et sélective qui ne ramasse que des feuilles entières, sans blessure ni flétrissure, portées à l’usine rapidement dans des paniers, sacs etc qui évitent tout écrasement et donc oxydation anticipée. Ces exigences font partie du débat sur la mécanisation des récoltes, car jusqu’ici les outils n’ont pas encore l’habileté de la main des cueilleurs.
Lors de vos achats vous pourrez normalement constater la qualité de la cueillette en regardant les feuilles sèches, si non c’est après l’infusion, en dépliant les feuilles réhydratées. 


Dans certaines maisons de thé on  vous sert la théière préparée et à côté les feuilles infusées, vous permettant ainsi de vous rendre compte -en direct,de près et en nature- de la qualité de votre boisson ; merveilleusement instructif ! et également délicieusement aromatique !



N°66 Art.2 Les petits producteurs de thé de l’Indonésie


Portrait de Nugroho B. Koesnohadi, Chairman ITFA

Toujours souriant et avec un embonpoint confortable cet ingénieur agronome  propose que l’on l’appelle Nug, simplement. Sous sa responsabilité il y a actuellement 99.000 petits fermiers, qui cultivent 56.000 ha de thé, avec une surface de plantation moyenne d’environ 0,5 ha. 
Mr. Nug dans l'usine coopérative
Si la moyenne surface est celle d’un bon grand potager, le règlement prévoit qu’un petit producteur cultive au plus 20 ha à son compte pour être membre de l'Indonesia Tea Farmer Association (ITFA)
Selon les données statistiques la part des petits cultivateurs dans la production totale du pays a augmenté de +13% depuis 10 ans, ce qui montre une bonne dynamique, comparé aux grandes entreprises de l’état, dont la production a baissé de 39% pendant cette même période.


En 2016 ces petits producteurs de thé dont Mr.Nug a la charge ont produit 44.000 t de thé , ce qui représente 35% du volume national.
Ils ont donc le vent en poupe et le Tea Board cherche à les encourager par tous les moyens. Comme dans les autres grands pays du thé le problème de la rémunération est un souci constant, parce que le coût de production ne cesse d’augmenter, cela dans un marché global qui est plutôt excédentaire ce qui déprime les prix.

Par ailleurs d’autres cultures sont plus faciles à gérer avec nettement moins de besoins en  main d’œuvre et rapportent davantage, comme le palmier à huile !! mais qui épuise la terre.  Le thé par contre reste une des plantes parmi les plus favorables pour l’entretien de l’environnement et la consommation de thé continue à augmenter.
Avec une cueillette manuelle et l’entretien des théiers il faut 2 personnes /ha, alors que pour l’huile de palme 1 personne /ha suffit, voilà ce qui explique.
Casse- tête bien difficile, d’autant qu’il y a une pénurie de main d’œuvre qui concerne tout le secteur de l’agriculture, dont le revenu moyen est le plus bas de toutes les catégories en Indonésie.
La confédération des petits producteurs de thé a été créée pour donner un statut valorisant à ces fermiers, avec des réunions de concertation et des programmes de formation. Puisque la bonne gestion des petits producteurs figure depuis 3 ans officiellement sur l'ordre du jour de Groupe Intergouvernemental sur le Thé de la FAO, Mr.Nug participe aux travaux au sein de la délégation indonésienne. 


Une bonne formule consiste  à organiser ces fermiers en coopératives, dont les plus importantes possèdent leurs propres usines, les autres portent leur collecte aux usines des grandes opérateurs privés ou para étatiques.

C’est en 2014 que Mr. Nug a entamé la discussion au sujet d’une mécanisation future  de la cueillette, en explorant la mise au point d’outils performants et pas trop coûteux, donc faciles à gérer et qui traitent au mieux la feuille, sans la casser et sans la blesser.
Cela prendra du temps, mais une telle démarche lui semble inévitable pour les années à venir.

En visitant une usines de coopérative il est très fier du matériel installé et fait déguster un de leurs  thés verts,  commercialisés sous la marque « Taya » ; il y a aussi un « green tea latte », un thé vert en poudre(30%) assemblé avec du sucre et de la poudre de lait, que l’on peut boire chaud ou glacé, des tasses fort agréables ! 
" Et si nous pouvions trouver des clients à l’étranger pour nos thés! cela serait tellement valorisant pour nos adhérents !" dit Mr.Nug avec un grand sourire interrogateur ? Rien n’est impossible, puisque déjà ils vendent leurs thés sencha à Unilever Indonesia.
"Nous améliorons nos pratiques d’année en année et nous allons bientôt nous pencher sur le marketing" conclut Nug tout à fait optimiste et conscient de l’importance de sa mission.